Thomas Bichon : « Londres, ma deuxième maison »

Thomas.jpgPar Thomas Bichon

Je prends juste le temps de vous écrire ces quelques lignes pour vous faire partager mon état d'esprit et une ou deux explications sur deux coups clés que j'ai joués lors des WSOP Europe et de l'EPT de Londres. Ce n'est un secret pour personne, Londres est ma deuxième maison. J'ai pas mal de bons copains là-bas et une connaissance assez précise d'une majorité des joueurs anglais. C'est donc toujours avec une grande confiance que j'aborde les grands événements outre-Manche...

Les WSOPE ont été une souffrance et mon jeu préflop m'a permis à maintes reprises de maintenir mon stack. Les regrets d'avoir raté de peu la table finale l'an dernier m'ont donné cet excès de motivation qui m'a longtemps laissé penser que je pouvais réaliser un nouveau deep run (finalement 20e) ! Néanmoins le dernier jour s'est de nouveau assez mal passé (heu oui forcément puisque c'était le dernier). J'ai surrelancé ma deuxième main avec A-Q et « Joe le all in » a tout poussé ! J ai passé. En fait, il a attaqué en milieu de parole avec son tapis de 25 blinds et depuis la petite blind je ne pouvais guère que passer ou 3bet. Généralement, entre l'attaque et la défense je préfère l'attaque. Question de style et de mentalité. Mais tous les styles mènent à Rome si tant est que chemin faisant vous y trouviez quelques bonnes cartes et que vous sachiez tirer avantage des situations que vous rencontrez.

90 minutes d'un désert de cartes plus tard, je me retrouve avec un stack de 210 000, très loin du tapis moyen (480 000), avec des blinds à 4000/8000. Nous sommes sept à la table et je relance à 21 000 en premier de parole avec A-Q dépareillé. Le supposé Isildur (alias Viktor Blom) se contente de payer depuis le cut-off (il possède entre 500 et 600 000 au début de la main) et on se retrouve en tête-à-tête sur un flop K-7-4 avec 2 cœurs. Je mise 30 000 et il relance à 72 000. Bien sûr, je n'ai pas énormément de Fold Equity en faisant tapis pour 190 000. Mais il y a dans sa range les cœurs (Ax cœurs, J-T, J-9, QT etc....) et beaucoup de bluffs. Un board hauteur roi favorise généralement le relanceur préflop. Le payeur se contente en général de caller au flop et attend un deuxième barrel bluff s'il a touché quelque chose au flop. Il se peut donc très bien qu'il n'ait rien ici (air comme on dit) et qu'il essaie de me faire passer si je n'ai pas de roi. Techniquement, cette main est en fait très standard. Je fais tapis et il paye avec K-Q. Isildur 1 - Thomas 0. Logique respectée me direz-vous. Encore qu'en tournoi je trouve le Suédois très perfectible. Il demeure néanmoins magnifique à voir jouer ! Un autre fou de Dieu comme on les appelle avec mon ami Stéphane Albertini. Un Kamikaze en d'autres termes !

Je n ai pas de regrets car je sentais que le tournoi m'échappait. J'étais Card Dead et j'ai simplement jugé que c'était un move qui se prêtait très bien à la situation. J'avais une bonne chance de gagner le coup arrêté (au flop je veux dire) ou de jouer au pire un coin flip s'il avait les cœurs pour revenir dans la moyenne. Conclusion : OUT ! Allez tout droit en prison et ne passez pas par la case départ, heu par la case finale !

Bis repetita à l'EPT de Londres

Les EPT sont les tournois les plus prestigieux d'Europe. Clairement ceux où un bon joueur se doit de perfer. Néanmoins mes résultats y sont médiocres pour l'instant. Sur les 13 EPT que j'ai disputé, je ne suis entré dans l'argent que 2 fois en comptant ce dernier tournoi. J'essaie d'évacuer cela et considère que c'est juste la loi des séries. Même si je tire toujours des conclusions après les tournois sur les mains que j'ai jouées. J'ai été mauvais lors de l'EPT Snowfest par exemple. Mais j'ai eu aussi beaucoup de cartes assassines à la river (Berlin, Londres 2008 et 2009 par exemple). Aussi j'essaie simplement de m'efforcer de bien jouer et de voir ce qu'il advient. Dans cette logique, j'ai payé une mise de 20 000 à la river sur un board 6-8-9-8-7 avec T-T. Je vous raconte le coup.

thomas_bichon_london_d1a.jpg


Blinds 100/200, 2e niveau du tournoi :

Le joueur UTG relance à 450. UTG + 2 paye. Je paye depuis le bouton avec T-T et la petite blind se joint à nous. Ma chance ici est que je connais parfaitement le relanceur initial. Il est un des plus gros flambeurs du Victoria Casino et a coutume d'être plus souvent aperçu au 1er étage de l'établissement qu'au second. Pour info, le 1er est occupé par les jeux traditionnels et le second par la poker room. Il joue un poker ABC mais n'a pas peur de pousser ses jetons. Le genre de joueurs qui misera tout le temps une overpaire sur un flop, ne sous-jouera jamais un brelan, ou check/callera un flop composé de petites cartes avec A-K dans l'espoir de toucher un de ses 6 outs « potentiels ».

Le flop vient donc 6-8-9 avec 2 cœurs. Après une mise de 1200, je décide de relancer petit à 2700. Je n'ai aucune idée de la réelle force de ma main et je ne veux pas subir ce coup jusqu'au bout même si j'ai la position. De plus, je montre une force énorme qui ne manquera pas de faire ralentir même un joueur possédant un tirage couleur et deux cartes supérieures. Bizarrement, UTG (le flambeur que je vous ai décrit) paye. L'autre complète.

Le turn est un 8. Bien sûr ce n'est pas Byzance - ou une brique comme on dit dans le jargon - mais à bien y regarder ce n'est pas la pire carte du paquet. 8-9 aurait été joué de façon plus agressive par ces 2 joueurs au flop. 8-7 demeure une combinaison qui me fait peur. Mais le joueur UTG ne relance pas ce genre de main. Le troisième larron peut posséder cette main mais son début de tournoi n'a pas été à montrer dans les écoles de poker. Il se peut donc fortement que ma « petite » paire de dix soit encore devant à cet instant ! Je prends l'initiative de miser 5200. Ce montant peut paraître petit eu égard à la grosseur du pot. Mais son intérêt est double. Primo, si j'ai trouvé un full au turn, je n'ai aucune raison de miser cher et de casser les cotes à un éventuel tirage. Secundo, je ne suis toujours pas certain de posséder la main gagnante et il me semble idiot de miser 7 000. Seul UTG paye.

Au moment où je me retrouve en Head's Up, je me souviens m'être dit que c'était quand même bizarre que personne ne possède un tirage couleur dans ce lot. De plus souvenez vous, le jouer ABC mise ses mains faites et check/call ses tirages. Ces Lines chez un amateur sont justes éternelles.

La river est un 7. Je trouve une quinte et mon adversaire envoie instantanément son tapis de 21 000 jetons. Cette mise ne représente que 99,243 % de mon stack après tout ! Il y avait 8-7 dans sa range ici mais j'ai déjà éliminé cette main. Il n'est pas enclin à relancer préflop avec une telle main et est supposé check/raise au turn. Mais il a instantanément fait tapis, comme si la carte le satisfaisait. J-T dépareillé ? Je possède T-T et donc 2 blockers sur cette main. Je n'ai pas le T♥, il peut donc avoir Q♥-T♥, K♥-T♥, A♥-T♥ ou ... A♥ 5♥. Les amateurs aiment relancer un as pareillé, même en premier de parole. Cela les rassure. Et une quinte reste une quinte après tout pour un non initié.

Je paye et il me montre A♥ 5♥ de cœurs. Après ce coup, tout s'est bien passé. Mon stack n'a plus été en danger pendant 3 jours. Je n'ai pas réussi à gagner les 2 paires d'as que j'ai eu lors du Day 3, mais cela n'a pas changé grand-chose. Je pensais pouvoir aller au bout mais le 2 s'est révélé être la carte de sortie lors du Day 4, jour où le jeu post flop s'appauvrit. Je suis parvenu à me maintenir en restant très actif préflop mais Joe Hachem et son short stack juste à ma gauche m'empêchaient d'attaquer avec des mains marginales car John Juanda était lui aussi juste à sa gauche avec un gros tapis.

Je reviendrai sur la main qui a précipité ma sortie en 14e position dans le Poker Magazine de novembre. Elle est intéressante car elle sort des sentiers battus. L'historique, mon image très mauvaise et la dynamique de la table étant des facteurs primordiaux dans cette main.

Conclusion : OUT ! Allez tout droit en prison et ne passez pas par la case départ, heu par la case finale !

Voilà les news. Je vous donne rendez-vous pour certains d'entre vous à Saint-Amand pour la troisième étape des France Poker Series qui ont été, comme vous le savez, une énorme réussite à Divonne le mois dernier. Bonne chance à tous. Le meilleur est à venir. N'en doutez jamais !