5 avril 2008 15h00
EPT San Remo : Jason Mercier, qualifié PokerStars originaire de Floride, gagne à San Remo
Jason Mercier aurait pu se trouver à Amsterdam à l’heure actuelle. Ayant décroché son ticket pour le PokerStars.com EPT San Remo sur PokerStars, Jason se préparait à effectuer le voyage avec quelques potes jusqu’à ce que ses amis décident à la dernière minute de se rendre dans la capitale hollandaise. Devant faire face à un voyage en solitaire tandis que ses copains allaient s’éclater au Pays-Bas, Jason était sur le point de vendre son siège et d’encaisser l’argent. Ce jeune homme de 21 ans prit la décision de ne pas annuler son voyage. Ce fut la bonne puisqu’elle lui permit de gagner 869 000 € et de devenir le nouveau champion du PokerStars.com EPT San Remo.
Originaire de Fort Lauderdale, en Floride, Jason tourna le dos à sa carrière d’enseignant après avoir découvert le poker online et développé ce loisir comme source lucrative de revenus. L’EPT San Remo était son second tournoi majeur de poker en live. En effet, il avait été éjecté du PCA dès le premier jour (son premier événement live) mais depuis, on lui pardonne d’avoir pensé qu’il avait peut-être besoin d’un peu plus de pratique.
En dépit de ce premier échec, il se rendit à San Remo. Au milieu de l’euphorie qui gagnait la foule de partisans acclamant les joueurs locaux, il sortit du lot et triompha du Français Antony Lellouche au cours du heads-up en deux battements de paupières à peine.
Cela se résuma à une histoire simple : Jason misa, Antony déposa son tapis et Jason suivit. Paire servie de 7 contre K-Q pour Jason qui ramassa une seconde dame au flop. Pan ! Game over. Deux heures et 40 minutes de jeu. Dans la plus pure tradition des victoires à l’EPT, Jason paraissait avoir juste fini sa journée de travail - heureux mais pas encore tout à fait dans l’état d’esprit d’un millionnaire, ni complètement conscient de tout ce que cela signifiait : 1 340 867 $ et un siège pour la Grande Finale de l’EPT à Monte Carlo la semaine prochaine.
« Le heads-up qui ne dura que deux mains fut une surprise. Je n’étais vraiment pas certain de ce qu’Antony avait en main lorsqu’il relança autant ; je pensais qu’il avait peut-être un as avec une petite carte, ou alors une petite paire, ou même rien, donc je me disais que je pouvais saisir l’opportunité avec K-Q car cette main était plutôt de bon augure. En plus, je serais resté en tête avec 3,4 millions contre 2,6 millions. »
Composition de la table finale...
Siège 1 : Gregory Genovese – Italie – 694 000
Siège 2 : William Thorson – Suède – 418 000
Siège 3 : Eric Koskas – France – Qualifié PokerStars –449 000
Siège 4 : Jason Mercier – USA – Qualifié PokerStars – 1 591 000
Siège 5 : Anthony Lellouche – France – 1 192 000
Siège 6 : Dario Minieri – Italie – Team PokerStars Pro – 1 832 000
Siège 7 : Dag Palovic – Slovaquie – 585 000
Siège 8 : Marcus Bower – USA – Qualifié PokerStars – 278 000
La finale débuta par des coups de théâtre, ou une scène si vous préférez, avec Eric Koskas dans le rôle principal (il venait d'aller à tapis) et le membre de la Team PokerStars Pro Dario Minieri, dans le second rôle masculin. Les deux en débattirent pendant un moment, divertissant ainsi le public, tout particulièrement dans la mesure où ces deux-là avaient développé une réputation bien méritée de joueurs un peu dingues. Eric voulait suivre, Dario voulait savoir ce qu’Eric avait dans les mains avant d’agir. Des assassins sans pitié étaient devenus nerveux tout à coup. Qu’est-ce qu’ils étaient en train de faire à papoter ?
« Tu penses que je mise mon tapis dès la première main sans rien, demanda Eric. Je suis fou mais pas si stupide ! »
Dario finalement se coucha. Un présage à la finale en rafale qui allait se dérouler ?
Qualifié sur PokerStars, Marcus Bower était short stack ce jour-là. Les mains les unes après les autres défilaient devant ses yeux ; ce n’était plus qu’une question de temps avant qu’il ne se retrouve dehors au soleil, loin de cette salle artificiellement éclairée, avec 76 700 € à dépenser.
Suite à une mise de Lellouche, Bower déplaça tout son tapis au milieu. La caméra se concentra sur Marcus qui portait une écharpe en laine et des lunettes de soleil bordées de blanc. Son visage portait des traces de fatalité. La caméra revint sur Antony, qui suivit avec A-J, tandis que Marcus montrait sa paire servie de 4. Tout cela semblait bien parti pour l'Américain jusqu’à la rivière, qui amena l’as fatidique.
Le Slovaque Dag Palovic s’était construit sa propre réputation lors de la quatrième saison de l'EPT. On le considérait comme un type extraverti et imprévisible. Dag arriva en finale lors de l’EPT Prague en décembre dernier, aussi il imposait le respect. À l’époque, il avait finit septième et était destiné à suivre le même chemin à San Remo.
Il bougea avec une paire servie de dames sur un flop 2-3-8. Mais il comprit que les choses allaient mal tourner lorsque Dario Minieri suivit instantanément, une paire de 3 en main. Cette main déclencha le grognement mortel de Palovic. Les 8 au tournant et à la rivière n’annonçaient rien de bon pour Dag qui sortit de sa seconde finale de l’année avec 111 800 €.
Après une heure et demie de jeu pendant cette dernière journée de tournoi, William Thorson fut le prochain à sortir. Il prit l’initiative et se fit relancer par Mercier, avant de sur-relancer lui-même à tapis. Jason le suivit avec A-K, ce qui le mettait devant Thorson avec A-Q. Le match s’arrêta net lorsqu’un roi apparut au flop.
Formidable joueur de tournoi de poker quel que soit l’endroit où il joue, Thorson était maintenant dehors à la sixième place, incapable d’améliorer sa troisième place à Dublin au cours de la saison 3. Les 140 600 € représentaient probablement une faible consolation.
Gregory Genovese arriva au Casino San Remo aujourd’hui, dans le rôle de la doublure de Dario Minieri. Si Dario avait dû faire face au moindre accident de parcours – un effondrement cataclysmique dans les premières mains peut-être - Gregory aurait répondu présent en qualité d’ « Italien à soutenir ». Dans l’ombre de Dario, Gregory aurait joué une finale solide, doublant son tapis lorsqu’il en avait besoin, jouant serré à d’autres occasions.
Ironiquement, Dario fut à l’origine du pot qui élimina son compatriote, avec une relance à 90 000 avant que Gregory ne pousse tout son tapis. Ce qui semblait être un simple affrontement italo-italien prit une allure différente lorsque Mercier suivit le all-in. Dario décida d’en faire autant mais il changea ses plans lorsque 7-A-5 furent dévoilés au flop et que Jason misa à nouveau. Le destin de Gregory serait déterminé par les deux cartes que Jason avait en face de lui – A-3 pour une paire contre T-9 pour Gregory. Le résultat fut prévisible : Gregory Genovese était dehors avec 188 500 €.
Vingt minutes plus tard, l’éblouissant Français Eric Koskas serait le prochain à partir, écrasant tout espoir d'un amuseur de table non italien. Plus de débat, plus de drame. Souvent chip leader cette semaine, il fut éliminé par Mercier (à nouveau) à la quatrième place : un changement d’allure commençait à se faire sentir à la table finale de San Remo.
Sa main avait réussi à tenir jusqu’à la rivière. Le tableau était composé de 5-J-6-8-8. Avant que le dernier 8 ne soit dévoilé, Eric avait misé son tapis : un geste audacieux qui avait mis la pression sur l’Américain ; il détenait en effet le plus gros tapis et avait consacré du temps à réfléchir. Tandis que tout le monde spéculait sur la main d’Eric, Jason, quant à lui, avait un 5. Celui-ci était bon pour former une paire de 5, qui pourrait battre uniquement un bluff de Koskas.
Il suivit et découvrit précisément ce à quoi il devait faire face – la main du Français avait pour plus haute carte un 10. Il venait soudain de bousculer son emploi du temps, récompensé de 223 600 € pour ses efforts. Néanmoins, on lisait de la tristesse sur son visage.
Le plus gros choc fut la sortie prématurée du membre de la Team PokerStars Pro Dario Minieri. Une superstar italienne sur un sol italien augmentait la pression presque palpable de cette finale. Tous leurs espoirs de victoire à l’EPT de l’Italie reposaient sur les épaules du jeune homme. Le public s'était enroulé dans des drapeaux italiens tricolores et avait utilisé des draps d’hôtel pour créer des bannières et soutenir leur compatriote.
Même les personnes qui semblaient neutres paraissaient prêtes à convenir que cette semaine serait celle de Dario. Cela s’annonçait comme une bataille dans un mouchoir de poche. Le joueur s’était baladé tranquillement vers la finale à travers un contingent impressionnant même quand ses mains s’étaient retournées contre lui, le laissant alors dans une impasse. Lorsque ce fut le cas, son style fut de lancer un peu de dynamite et de faire exploser sa sortie, en demandant au public de se tenir debout pendant la procédure.
Jouer une main contre lui ressemblait pour ceux qui le regardaient à une chevauchée qui étancherait la soif de toute personne impliquée – un peu comme lorsqu’on attend le résultat d’un test après une interrogation de math. Mais une main allait changer tout cela. Elle serait en fait exécutée par un ancien prof de math : Jason Mercier encore une fois. Il établit le sujet de l’examen que finalement Dario ne passerait pas, imposant le silence aux spectateurs ornés de drapeaux et aux accents prononcés.
« Je m’attendais à rester hors du chemin de Dario jusqu’à ce qu’il ne reste que trois joueurs ou en phase de heads-up mais de toute évidence, vous devez saisir votre chance quand elle arrive », Jason nous confiera-t-il plus tard.
Les deux se lancèrent dans cette main avec plus de cinq millions de jetons devant eux. L’avance colossale du chip leader transforma cela en un clash inattendu qui inviterait tout le monde à se demander : « Mais qu’est-ce qui s’est passé ? » Le pot contenait déjà 719 000 lorsqu’ils virent le flop : 2h-7d-8d. Antony Lellouche devait se demander ce qui était en train d’arriver.
Dario ajouta 200 000 et Jason misa son tapis. Il est maintenant temps de jeter le script : Dario suivit immédiatement.
« Au bouton, il fit une relance. Quant à moi, je regardais vers le bas, vis un as et me préparais à faire une sur relance de manière standard, dit Jason. Lorsqu’il égalisa, je n’étais vraiment pas sûr de ce qu’il avait en main. Je m’attendais plus ou moins à laisser tomber, à moins de toucher un as ou un tirage couleur ou suite ou quelque chose du genre. Lorsque je touchais le tirage couleur, je décidais qu’il était plus profitable de faire un check-raise all-in afin de pouvoir évaluer s’il bluffait. Je ne voulais pas avoir à suivre all-in s’il misait 500 000. »
Dario paraissait inquiet. Il était entête mais pas autant qu’il l’aurait souhaité, avec une paire servie de dames comparée à l’A-4 à carreau de Mercier. Il y avait deux carreaux au flop mais l’as menaçait également. Le tournant ajouta à cela un 4 de coeur. Après l’intervalle dramatique approprié pour la télévision, le public et suffisamment de tension pour amener les joueurs à s’agenouiller, la rivière fut distribuée : le 3 de carreau et une couleur pour Mercier. Ce fut l’élimination soudaine de Dario Minieri.
Le public émit un bruit, un rugissement feutré. En plein désarroi, l’air de ne pas y croire, la couleur quitta le visage de Dario alors que derrière lui, son ami Luca Pagano semblait subir la même chose. De la liesse en début de journée à une horrible chute, le rêve de l’Italien de devenir champion à domicile venait de s’achever et il avait catapulté Jason Mercier dans une position de domination totale. Le choc de la semaine, le choc de la saison.
Jason Mercier – USA – Qualifié PokerStars – 5 782 000
Antony Lellouche – France – 1 392 000
Ajoutons un mot concernant le Français, un professionnel accompli et respecté qui était parvenu en finale à Londres, un peu plus tôt cette saison. Il compte parmi l’élite des joueurs français sur le circuit européen. Vainqueur aimable et fair-play même dans la défaite, il avait peu de chance de résister à la ligne des toits que formait la pile de jetons de son rival. Il fallut deux mains à Jason Mercier pour remporter l’EPT San Remo.
Antony trouva une paire servie de 7, une bonne main en heads-up, et décida de bouger. Cela ne fonctionna pas du tout. Le tirage couleur de Jason apparut à la rivière. Seconde place pour Antony et un chèque de 505 000 €.
« Je savais que Jason était un joueur de heads-up difficile ; il a bien joué tout au long de la journée, a déclaré Antony. J’avais deux 7, une main énorme en heads-up. J’étais short stack et me fichais pas mal d’un coup du sort. J’ai poussé tous mes jetons au centre et terminé deuxième en jouant quatre pots de moins de 100 000. Mais je pense que j'ai bien joué. Pas mon poker, mais du bon poker.
« Bien entendu, je suis content de mes gains mais finir premier lors d’un événement EPT signifie beaucoup pour moi. Je suis parvenu en finale et l’ai très mal jouée à Londres. C’est pourquoi je voulais me prouver à moi-même que je pouvais terminer premier. J’ai fini second en jouant bien et je suis satisfait... Je suis content à 85 % et déçu à 15 % ! »
Jason s’acquitta de la procession obligatoire en qualité de vainqueur de l’EPT. Tout d’abord, les caméras de télévision, puis les photographes avant que le reste de la meute de journalistes ne puisse avoir un mot avec le vainqueur. Il bavarda brièvement avec William Thornson, finaliste à la sixième place. Il lui avait demandé une faveur : tenir le trophée du champion quelques secondes. « Cela signifie beaucoup plus pour moi que sa valeur monétaire », déclara-t-il en serrant la main de Jason.
Donc pas de regrets concernant Amsterdam… ?
« Oh mon Dieu, non ! En fait, le plus drôle, c’est que j’avais l’intention de vendre mon siège pour San Remo parce que mon ami avait laissé tomber il y a trois semaines. Deux de mes amis en ligne m’ont dit qu’ils s’y rendaient mais qu’ils ne joueraient pas au tournoi et m’ont proposé de me retrouver là-bas. J’ai pensé OK, j’y vais. Ce sont de très bons amis maintenant. »
Avec une certaine réticence, Jason avait décidé de ne pas aller à Amsterdam au bénéfice de quatre jours de boulot acharné à une table de poker ; le boulot avait payé de façon spectaculaire et présentait la possibilité de se mettre à niveau une fois qu’il aurait à nouveau crayonné Amsterdam dans ses projets. Dans l’immédiat, il s’agissait de Monte Carlo la semaine prochaine, puis des World Series.
Néanmoins, tout cela devra attendre. Maintenant, il doit trouver un téléphone pour appeler sa mère en Floride, sa famille ayant passé les deux derniers jours à suivre sa progression sur EPT Live.
« Je vous ai dit que lorsqu’il ne restera que 32 joueurs, je gagnerai... », dit-il au téléphone.
Absolument. Jason Mercier, nouveau champion de l’EPT San Remo.
Résultats de la table finale de l' EPT San Remo...
1er – Jason Mercier – USA – Qualifié PokerStars – 869 000 €
2e – Antony Lellouche – France – 505 000 €
3e – Dario Minieri – Italie – Team PokerStars Pro – 287 000 €
4e – Eric Koskas – France – Qualifié PokerStars – 223 600 €
5e – Gregory Genovese – Italie – 188 500 €
6e – William Thorson – Suède – 140 600 €
7e – Dag Palovic – Slovaquie – 111 800 €
8e – Marcus Bower – USA – Qualifié PokerStars – 76 700 €
Pour suivre toute l’action qui s’est déroulée précédemment, vous pouvez consulter les articles postés aujourd’hui ci-dessous...
L’Italie se prépare au triomphe de la table finale (en anglais)
Portraits des finalistes (en anglais)
En direct de la table finale (en anglais)

